18 janvier 2008

Un anniversaire de père

68 ans aujourd'hui.
Mon père aimé, adoré, adulé à qui je ne le dis jamais. Ca ne se fait pas chez nous les effusions de sentiments...Je le lui ai beaucoup écrit. De jolies cartes qu'ils lisaient à haute voix sauf cette phrase. Des rapports conflictuels mais pas ouvertement. Et peu à peu, apprivoiser cet enfant qui l'a fait père et moi ce père si silencieux, si pudique, si timide.
Il y a bientôt 4 ans, il a su saisir la main que je lui tendais. Il a guéri mes blessures par ce coup de fil me surprenant dans une chambre toute blanche où de doux-dingues tapaient leur désespoir dans les portes. Par quelques mots adressés maladroitement, il m'a repris sur ses genoux, m'a emmené promener dans les champs le dimanche après-midi, m'a offert un cornet de frites à la sortie du supermarché. Par de simples phrases murmurées dans ce téléphone qu'il n'aime pas décrocher, nous sommes repartis faire de grandes ballades à vélo, de longues et instructives promenades en forêt. Nous avons mangé des patisseries orientales, nous nous sommes goinfrés de fruits sucrés le soir, pour tout repas. Il m'a mis des cerises aux oreilles et m'a fait gouté ses tomates du jardin. Je l'ai photographié, comme chaque été, devant ses pommes de terre. Par cet appel, je me suis réconciliée avec le père autoritaire et intransigeant de mon adolescence.
J'ai à présent le meilleur de mon père. J'ai pardonné certaines paroles blessantes, j'ai compris son parcours à travers ses blessures légèrement dévoilées. Nous parlons bien plus et ses silences ne m'effraient plus autant. Je ne suis, par contre, jamais vraiment adulte devant lui. Jamais.
Pourtant ce midi, c'est l'impression que j'ai eu. Je suis passée en coup de vent chez mes parents, rien que pour lui souhaiter son anniversaire. Il accourait dans le couloir de sa démarche pesante comme s'il n'attendait que moi. Très vite, je suis remontée en voiture en lui disant à ce soir. Il s'est mis à la fenêtre et a agité sa grosse et belle main le temps que je m'éloigne. Comme une caresse protectrice sur mes cheveux.
Je cherche encore à obtenir de lui sa fierté, j'ai retenu ses leçons, j'ai comme lui la peur de me lancer mais un humour féroce. Et c'est ce que je préfère entre tout : m'émerveiller devant ses yeux bleus moqueurs, le voir secoué par le rire, devenir rouge écarlate et taper sur sa cuisse en disant "deudiousss"!!
Encore que...Non à présent ce que je préfère c'est ressentir à nouveau la tendresse qu'il devait me témoigner toute petite. Celle exprimée envers ses petits-enfants. J'aime le père qui ose dévoiler ses chagrins et ses peurs devant le temps qui passe. Il m'a permis de le descendre de son piédestal et c'est beaucoup mieux ainsi.
Malgré tout, ce ne sera encore que par écrit que je lui dirai

Je t'aime Papa
Bon Anniversaire

Posté par jeolianne à 16:23 - - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Un anniversaire de père

  • très joli, mais il faut lui dire en vrai

    Posté par Ma'cha, 18 janvier 2008 à 19:49 | | Répondre
  • Mon pere vient de feter ses 67 ans ... comme quoi !

    je lirai ton texte demain.. là trop fatiguée.

    Posté par Juh, 18 janvier 2008 à 22:45 | | Répondre
  • ... bon, j'ai sorti le mouchoir... tu as fait "le chemin" que je n'ai pas encore réussi à faire avec mon père... je suis toute émue pour toi... il ne te reste plus qu'à le lui dire en vrai alors !!

    Posté par coquillette, 25 janvier 2008 à 10:56 | | Répondre
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